Mardi 7 février
2
07
/02
/Fév
11:47
Le British Medical Journal vient de publier un article intéressant sur les médecins. Julain Savulescu, de l'Université d'Oxford, affirme que lors d'un acte médical, le médecin doit perdre toutes ses valeurs morales pour apporter le meilleur soin au patient.
Il donne pour cela un exemple : imaginez un médecin qui refuse de prolonger les soins intensifs d'une personne de plus de 70 ans car il estime qu'elle a suffisamment véu. Ou bien qui refuse de soigner les personnes atteintes d'une grippe, estimant qu'il mettrait sa propre santé en jeu.
Cet expert d'Oxford estime que de telles personnes devraient se voir retirer leur licence de médecin ...
Se pose alors la question suivante : que veut-dire soigner une personne ?
Où s'arrête le soin et où commence l'acharnement thérapeutique ? Le médecin doit-il toujours tout tenter ?
Evidemment, le médecin, de par sa profession, se doit de soigner la personne en face de lui. Mais, il ne doit absolument pas perdre la dimension humaine qui unit un soignant et un soigné. Il ne traite pas uniquement une maladie, des symptômes mais avant tout une personne.
La déshumanisation du soin est sans doute pire que l'échec d'une thérapie ... toute proportion gardée.
Nous avons vu l'échec retentissant des campagnes massives de vaccination contre les hépatites, un retour à une plus juste prescription des antibiotiques ("les antibiotiques, ce n'est pas automatique !"), à un contrôle accru des ordonnances des médecins parfois trop généreux dans l'effort. Nous assistons aussi à une vague importante d'examens IRM. Les listes d'attente s'allonge sur plusieurs semaines voire quelques mois parfois.
Le malade veut être guéri. Vite. Le médecin veut être débarassé de son patient. Vite. La médecine orientale a pour objectif de prévenir la maladie. La médecine occidentale traite les symptômes. La philosophie est certes complémentaire, mais aussi très opposée dans la manière de concevoir le soin.
Sans en négliger les avantages, la médecine occidentale pèche par une course à la performance. Il faut voir le plus de patients possible, dans un minimum de temps. Il faut rentabiliser. Alors pour éviter de passer à côté d'un problème trop important, on prescrit à tout-va, des médicaments, des examens complémentaires. Et le patient en redemande souvent.
Qu'est ce que soigner, donc ?
C'est d'abord écouter la personne qui vient avec ses problèmes. Elle se connait mieux que quiconque, donc écoutons ce qu'elle a à dire.
C'est aussi être intelligent dans la thérapie : une écoute intelligente pourra guider vers la meilleure prescription possible. Ceci permettrait d'éviter de soigner un simple rhume avec de la cortisone, par exemple ...
C'est aussi ne pas avoir peur, pour le malade, de laisser le corps faire son job d'autodéfense, aidé ponctuellement par les médicaments adéquats. Mais pas la peine de balancer une bombe chimique dans le corps pour tuer un malheureux microbe.
Enfin, c'est aussi accepter que la maladie, comme la mort, font partie de la vie. Cela ne veut pas forcément dire qu'il faut être fataliste. Mais être réaliste peut faciliter le soin, en humanisant la relation soignant/soigné et en prescrivant la thérapie adéquate.
Commentaires